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"Roman noir" - Chez Rivages/Noir

Cancer du Capricorne

Pas
plus que les précédents livres de l'auteur, on ne peut
étiqueter celui-ci. Il s'agit d'une uvre hybride, totalement
personnelle- et par son sujet et par son traitement -, qui se caractérise
par un mélange de spontanéité et de réflexion
longuement mûrie. Le projet du livre est annoncé d'emblée
: " Reprendre l'histoire depuis le début et comprendre le
pourquoi du comment
Regarder la situation comme si elle ne me
concernait pas. " D'où le ton très inattendu de ce
texte construit en deux mouvements, telle une étrange sonate,
et placé sous le signe omniprésent de la musique, qui
n'a cessé d'accompagner la vie de Jean-Jacques Busino.
Ce
qui donne sa force à Cancer du capricorne, c'est la description
clinique et curieusement distanciée de ce qui arrive à
un corps humain devenant de plus en plus étranger à son
propriétaire. Busino trouve les ressources morales et linguistiques
pour jouer avec les mots de la mort et créer un climat ubuesque
où domine une forme d'humour noir et décalé. Aussi
autobiographique que soit la trame de ce récit, il se lit comme
un roman, tant l'auteur se mesure frontalement à son sujet pour
en éliminer toute trace de pathos et de sentimentalisme bon marché.
En lieu et place de cela, il nous invite à de lumineuses remontées
vers le temps de l'enfance et de la famille, du côté de
l'Italie. C'est l'occasion pour lui de poser les questions de la filiation,
de la transmission et de la paternité. Lui qui dit avoir tant
reçu de son père avoue, lucide, que " comme tous
les pères de (sa) génération ", il n'a "
rien transmis " à son fils. D'où la douleur inconsolable
qui hante le deuxième temps du récit, la révolte
ainsi que la tentation de la vengeance vis-à-vis de l'homme qui
lui a volé la vie de son enfant. Toutes questions qui se ramènent
à la plus fondamentale et la plus tragique : faut-il laisser
" vivre " cet adolescent qui n'est plus qu'un corps souffrant
ou mettre fin à ses souffrances ?
Ce
" roman " des vies brisées est une confession intime,
un bilan, mais aussi un partage. Partage d'un drame dont l'atténuation
passe, pour cet " athée frustré ", par la seule
rédemption possible : l'écriture. Une écriture
simple, lumineuse, qui emprunte ses rythmes et ses métaphores
à la musique, et gagne ce pari insensé : faire surgir
du fond de la douleur humaine une uvre incroyablement tonique
et vivante.